mardi 18 octobre 2011

Feed Back #lkbe11

L'année dernière, la conférence Lean & Kanban Benelux m'avait particulièrement marquée. C'était l'une des conférence les plus intéressantes pour moi en 2010. Mes feed-backs sur la première et la seconde journée sur la conférence font d'ailleurs partie des billets les plus lus de mon blog.
J'ai donc décidé d'y retourné cette année, surtout avec le programme qu'il proposait cette année et je n'ai pas été déçu!
Bien sur, j'ai un peu moins appris que l'année dernière car depuis il s'est passé beaucoup de choses avec la formation d'Anderson, des conférences et ateliers, des formations intra et inter et enfin l'écriture du livre sur le Kanban.

J'aime bien le lieu, c'est un hangar sur les docks. On y voit passer des bateaux. Mais revenons sur la conférence.
La première Keynote de cette conférence a donné le ton: Remettre en question l'approche de Deming pour l'IT par Donald Reinersten, auteur du livre sur le développement en flux qui fait référence. Deming a eu un apport fondamental sur le système de production Toyota, qui a été le point de départ du Lean, enjeu d'une démarche Kanban. Remettre en question les fondamentaux de la cible est assez croustillant pour commencer une conférence avec des leaders de la communauté. Les autres Keynote étaient également savoureuses et ont donné lieu à quelques fights ou taquets de toute beauté. Bon j'exagère un tout petit peu, mais visiblement ils ont remis ça lors de la version Munichoise de cette conférence (qui n'avait pas l'air mal non plus, mais il faut bien choisir).
Pour revenir à Deming, Donald propose (depuis 20 ans) de dépasser la vision statistique de Deming pour passer à une vue économique plus proche de notre réalité, notre activité n'étant pas statistiquement indépendante.Dit comme cela c'est évident, mais la question de fond est de savoir s'il vaut mieux avoir un processus sous contrôle, éventuellement statistique si l'on suit Deming, ou s'il vaut mieux un processus avec une variabilité non contrôlée en considérant que c'est elle qui permet de maximiser le bénéfice économique d'un projet, point de vue de Donald (oui je l'appelle par son prénom, nous nous sommes croisés un sandwich à la main ça créé des liens.): Du 6 sigma au Lean start up pour simplifier.
Mais doit-on vraiment choisir ce grand écart?
Encore une fois ce choix est contextuel et la réponse indirecte de David Anderson sur le sujet portera sur la gestion de risque.

Cette Keynote a donné le ton à plusieurs niveaux: on y a parlé beaucoup de modèles, affinés ou disruptifs en remettant en question au besoin les anciens modèles.

La conférence qui m'a le plus marqué reste celle d'Anderson toujours aussi pertinent et au-dessus du lot. J'attends avec impatience le second livre qu'il écrit sur le Kanban. Sa session "When Kanban is not appropriate" a permis de recentrer certains débats ayant lieu sur la ML KanbanDev. J'ai retenu l'éligibilité du Kanban au travers le modèle Cynefin et son apport selon les différents domaines; J'ai également retenu le positionnement du Kanban des grands projets évolutifs au support en passant par la maintenance évolutive. De son point de vue, si le domaine de l'IT Ops est très enthousiasmé par le Kanban, ce n'est pas le territoire idéal pour le Kanban; les limites WIP y sont peu efficaces. A l'opposé, pour les gros projets, si le domaine n'est pas encore attiré par le Kanban aujourd'hui, c'est le territoire le plus adapté (je confirme, sortant d'un gros projet en Lean-Kanban). Au milieu, pour la maintenance évolutive, berceau du Kanban, c'est le domaine ou par nature, avec un mélange d'évolution et de corrections, la conception d'un système Kanban nous en apprendra le plus sur notre processus.

Merci à Yann pour la soirée très intéressante que l'on a passé ensemble lors du dîner de la conférence.

Les tendances Automne-Hiver 2011:
  • Une forte tendance sur les modèles: la communauté cherche à passer un cap de maturité sur le Kanban au niveau organisationnel. J'ai rarement vu aussi peu de tableaux kanban par exemple, ça c'était l'année dernière. On travaille sur les modèles, le comportemental, les sciences....
  • Les support des sessions sont (très) low tech : beaucoup des slides dessinés à main levé puis photographiés, moins sexy que l'année dernière avec Agile Sensei, mais de belles réussites avec le concept 1 slide de @t_lis sur la gestion de portefeuille. A l'inverse, les outils numériques Kanban sont à la pointe avec des grands tableaux Kanban tactiles que je commanderais bien pour le noël des équipes que j'accompagne. 
  • Le BDD se porte à toutes les sauces: d'un point de vue code et au-delà vers les options réelles, l'injection de feature, ... et comportementale pour gérer les interfaces entre équipes le long de la chaîne de valeur par exemple:
  • Étant donné que la file d’entrée de l’équipe est pleine
  • Lorsque le métier veut ajouter un élément de travail de type date fixe
  • Alors l’équipe négocie avec le métier d’enlever un élément moins prioritaire de la file
  • Alors le métier enlève un élément et ajoute l’élément date fixe
De conférence en conférence, c'est très intéressant de suivre l'évolution des réflexions de chacun et du niveau de maturité. C'est une communauté extrêmement vivante.

Et la communauté Kanban Francophone?
Elle se découvre peu à peu. Nous étions une poignée de Français et de Luxembourgeois à cette conférence (sans compter les belges qui jouaient à domicile), ne se connaissant que par twitt interposés. Étaient présents  @brunochassagne, @alexis8nicolas, @t_lis, @YannPdM (désolé pour les autres, je n'ai pas vos twitts).
Pour mieux se connaitre et échanger, retrouvons nous sur KanbanDevFr.

Enfin, merci à Maarten Volders, d'Agile Minds pour l'organisation de cet évènement. Suivre @AGILEMinds pour les liens vers les photos, slides et vidéo de la conférence.

mercredi 5 octobre 2011

Le LSD ne m'a pas fait planer...

Dans un précédent billet, je me moquais (un peu) de ceux qui disent faire du Lean Software Development (LSD). Pas que je ne crois pas au Lean, au contraire, mais à sa mise en pratique concrète aujourd'hui.
Bien sur, j'ai lu les livres des Poppendieck et si j'adhère au message délivré, aux concepts et aux postures, je pense que le passage à une transition au Lean dans le développement logiciel est encore à baliser.
Preuve que j'y crois, cette année, j'ai suivi les excellents cours sur le Lean IT de Régis Médina, d'Operae, qui m'ont conforté dans mon opinion et prouvé qu'une démarche structurée opérationnelle pouvait être mise en place.
Mais le Lean IT et Lean Software Development sont différents, à mon sens. Et j'ai voulu confirmer cela en lisant ce livre:
L'ouvrage est cours et c'est très bien... Il se lit vite surtout pendant la sieste dehors au soleil (oui vous avez bien lu, du soleil en Bretagne).
En simplifiant leur discours, la vision des auteurs du Lean Software Development est un mixte XP-Scrum sans vraiment les nommer en leur donnant un peu plus de hauteur grâce aux principes Lean.
Et là, je retire ma précédente moquerie, nombre d'équipes agiles font donc aujourd'hui du Lean Software Development! Mais autant le dire tout de suite, leur route vers le Lean va encore être longue...

Le Kanban est relégué à une pratique avancée dans le cas (improbable?) ou "un processus prenant la forme d'une chaîne continue peut paraître sensé", ça donne envie d'essayer...Et les quelques paragraphes sur le sujet ne sentent pas le terrain.
Concernant les pratiques décrites sur XP/Scrum, autant lire des livres sur ces sujets pour avoir une vue plus complète.
Si le Lean IT est plus structuré mais avec moins de recul, le Lean Software Development doit encore trouver sa place parmi les pratiques existantes et plus éprouvées.

Plus généralement, nous devons avancer doucement sur le Lean, en suivre les principes avant d'en suivre des pratiques sans comprendre l'état d'esprit, comme le souligne justement Thierry Cros dans un récent billet.

Laurent Morisseau, auteur de ce blog, pour me contacter